TOPONYMIE D'ANGLURE
Dans son dictionnaire topographique de la Marne, Auguste Longnon donne d'Anglure les différentes appellations suivantes :
Angluria - 1128 (Pouillé de Troyes, n°272 - note)
Angleuria - 1124 - 1130 (Cartulaire d'Oyes F19)
Anglitura - 1131 (Gallia Christ. T.X. Colonne 165)
Anglaura - 1133 (Biblio. De l'Ecole des Chartres,
T. XIX - p.186)
Anglura - 1140 (St. Julien de Sézanne - C. 4 bis)
Angleura
super albam - 1175 (Cart. Oyes F° 20)
Angularia - 1177 (Pouillé de Troyes n° 278)
Angleure - vers 1222 (Liv. des Vassaux de CHAMPAGNE)
Engleiure - Fin du XIIIè S (Archives Nat. De Troyes. J206, N°3)
Angleurre - 1366 (Ibidem Q 681 - f°101, v.1)
Aingluyre - 1390 (Evêché de Troyes, G.343)
Angluse - 1405 (Ibid. g. 355).
Malheureusement, ni cet érudit, ni aucun autre ne donne de solution au
problème toponymique d'Anglure.
Les origines d'Anglure nous sont inconnues. Ce n'est qu'au Xème siècle
Qu'apparaît un seigneur d'Anglure dont on ne connaît même pas le nom et qui prend part à la 1ère croisade. Ses armes sont "De gueules décope d'or aux grelots d'argent semés". La présence de ces grelots ne nous explique pas le sens du mot qui nous intéresse.
Pour certains, le mot viendrait de la position géographique du lieu, à l'ange que forme de Poussin de l'Auge. Mais il faut remarquer que ce confluent se trouve bien, actuellement, en aval des "Bosses", mais qu'il se trouvait anciennement plus en aval, au lieudit "La Françaille", au pied de la butte de Baudement. Par les hautes eaux, on voit encore très nettement le tracé de cet ancien lit.
On trouve cet angle dans les vieux papiers des XVème, XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles dans les dénominations de Bagneux - en l'Angle et St - Just - en - l'Angle. On pourrait, dès lors, penser qu'il s'agit de la région qui se trouve dans l'angle que forment le cours de la Seine et celui de
l'Aube avant leur jonction (cf. Le Morvois). Là encore, l'explication n'est pas satisfaisante, car l'Aube ne s'est pas jetée dans la Seine à Marcilly de tout temps. Un relevé dressé par M. T. Boutiot : "Carte de la Champagne Méridionale indiquant les pages celtiques, les voies romaines, les lieux reconnus habités avant le Vème siècle par les découvertes archéologiques , montre nettement que l'Aube se jetait dans la Seine en amont de Pont sur Seine. Ceci corrobore les recherches d'un érudit Marcillon qui prouvent qu'à la haute époque, ce confluent était situé en amont de Nogent sur Seine, à Port Saint Nicolas où il existe encore sur le cadastre une parcelle dite "le Pont d'Aube". Le cours de la Seine, de Marcilly à Nogent ont donc l'ancien cours de l'Aube.
Topographiquement, on pourrait encore soutenir qu'il est question de l'angle droit que fait la route venant de Sézanne pour se diriger vers Granges. Mais en a - t - il toujours été ainsi.
D'autres auteurs font dériver le nom d'Anglure du nom des Angles, ce peuple germanique qui donnera son nom à l'Angleterre et qui, pendant sa migration, aurait construit un château - fort : Anglodurum ou Anglurodunum. Mais ce mot est latin, et devrait remonter à la conquête des Gaules qui a eu lieu en 59 -51 avant notre ère, alors que les Angles envahirent l'Angleterre au Vème siècle.
Un article de la revue historique et archéologique du Libournais, dû à Monsieur Henri de Sarrau, ouvre d'autres horizons.
Il s'agit du mot "gleyze" un très vieux mot que l'on trouve dans tous les dialectes méridionaux, dès que la langue d'Oc se détache peu à peu du latin. L'étymologie est "ecclésia".
Eglise ne signifie pas seulement construction, emplacement d'une construction ou personnel attaché à une église, mais aussi terre appartenant à une église ou à l'Eglise. Or, nous savons que les premiers seigneurs d'Anglure furent les évêques de Troyes. Anglure ne serait - il pas simplement une terre appartenant à l'Eglise ? Il serait intéressant
De savoir si cette interprétation à l'Eglise ? Il serait intéressant de savoir
Si cette interprétation peut être valable pour Angluzelles et pour les "Anglure" existant en France et en Belgique.
Une autre explication basée sur la dialectique peut être proposée.
"Etant donnée qu'elle est mienne, je la considère évidemment comme bonne" disait le Docteur Pierre Comte.
Nous savons qu'Anglure a été de tout temps un pays de mariniers, de "voituriers par eau". En sont témoins les vestiges de l'Ancien port, les actes de décès très nombreux qui font état de noyades accidentelles, la construction du canal, son élargissement, la création d'une écluse, l'existence dans l'église de l'autel de St Nicolas, patron des mariniers, allant de pair avec le vocable de port St Nicolas, ancien confluent de la Seine et de l'Aube, et naguère la présence du Café de la marine.
Or, si l'on consulte un dictionnaire celtique, on trouve :
angel : aviron
lusk : action de mouvoir.
Anglure serait donc le pays des rameurs ainsi que tout le pays d'Angle. Il n'y a pas encore si longtemps que l'on flottait les bois jusqu'à Paris, et que l'Hôtel Dieu était ravitaillé en céréales pas les margotas venant d'Arcis, de Méry, de la région d'Anglure. Bien plus tôt, Attila, en compromettant le ravitaillement de Paris par sa présence aux bords de la Seine, rendait nécessaire l'intervention de Sainte Geneviève. C'est donc une hypothèse à retenir.
Et maintenant, il n'y a plus qu'à laisser à chacun le temps de la réflexion et de la recherche.
Rédigé en Mai 1990
Par René DETOUCHE
Ancien Principal du Collège d'Anglure
TOPONYMIE D'ANGLURE - ADDITIF
Voici une hypothèse que je relève page 18 du fascicule "Aérovision 2000"
Par le professeur Daniel JALMAIN.
La photographie aérienne nous permet de découvrir des vestiges anciens - tumulus - oppidum,….
Parmi les innombrables photos prises par Monsieur JALMAIN, voici celle qui nous interpelle, je cite :
"Autre mystère, la photo de gauche, au milieu : ce retranchement, à peine fossilisé est situé à ANGLURE sur une île comprise entre deux bras de l'AUBE, île sur laquelle se dressait, sur sa pointe en aval un imposant château. S'agit -il, ici, d'une maison forte qui défendait quand le baron d'Anglure s'estima suffisamment puissant ? Ou, alors faut -il remonter à la protohistoire et voir là, le retranchement qui donna son nom "Anglo/durium au village ?"
Ainsi donc, Anglodurium, forme latine de forteresse de l'angle serait - elle d'origine romaine ? Pour appuyer cette thèse rappelons que la voie romaine Troyes - Soissons passe à la pointe amont de l'Ile, au fuyage des territoires d'Anglure et de Granges sur Aube ; on sait aussi que Jules César vint dans la région notamment à Baudement.
Il ne reste plus, avec l'aide de l'agrandissement de la photo, qu'à retrouver l'emplacement exact de la forteresse ; peut être serait - il possible de faire des "fouilles" ?
Mieux que la photographie, trouvera - t - on une preuve formelle de l'origine d'Anglure.
Fait à Anglure le, 2 Mai 2004.
René DETOUCHE